La lecture des hiéroglyphes d’hier à aujourd’hui: histoire et nouvelles approches

Aurélie Paulet

 

La dernière inscription hiéroglyphique a été gravée à la fin du quatrième siècle de notre ère dans le temple de Philae. En effet, en 380, l’empereur Théodose impose le christianisme et fait fermer les temples païens. L’écriture hiéroglyphique, qui n’était plus pratiquée que par quelques prêtres, va alors définitivement être abandonnée et sa connaissance va très vite se perdre.

Ce n’est qu’à partir du quinzième siècle que les savants européens vont commencer à s’intéresser à l’Égypte et aux hiéroglyphes.

À cette époque, les auteurs antiques, et ce qu’ils ont écrit à propos des hiéroglyphes, sont redécouverts, notamment dans le cadre de l’académie platonicienne de Florence, fondée par Cosme de Médicis.

Des pièces égyptisantes datant de l’Antiquité romaine réapparaissent aussi à la Renaissance. C’est le cas, en 1527, de la Mensa Isiaca ou Tabula Bembina. Il s’agit d’une table de bronze, probablement fabriquée au premier siècle de notre ère pour un temple romain dédié à Isis. Des hiéroglyphes, qui n’offrent cependant aucun sens, sont représentés sur cet objet.

La Renaissance se caractérise également par la création de nouveaux hiéroglyphes. Ainsi, en 1485, Leone Battista Alberti publie un ouvrage sur l’architecture, intitulé De re aedificatoria. Dans cet ouvrage, il recommande d’utiliser dans les inscriptions des « lettres égyptiennes sacrées ». Cet ouvrage va favoriser la création de nouveaux hiéroglyphes. Par exemple, en juin 1549, lors de l’entrée solennelle à Paris d’Henri II et de Catherine de Médicis, un obélisque, portant une inscription hiéroglyphique sensée exprimer le discours des Parisiens au roi, est dressé.

En 1556, un ouvrage important est publié à Bâle sur les hiéroglyphes. Il s'agit d'un livre en latin intitulé Hieroglyphica et dont l'auteur est Giovanni Piero Valeriano Bolzani. Valeriano Bolzani se base essentiellement sur les descriptions que les auteurs classiques ont données des hiéroglyphes et il va les transposer en images. Pour lui, les hiéroglyphes sont des symboles auxquels il donne une signification chrétienneEn 1556, un ouvrage important est publié à Bâle sur les hiéroglyphes. Il s’agit d’un livre en latin intitulé Hieroglyphica et dont l’auteur est Giovanni Piero Valeriano Bolzani. Valeriano Bolzani se base essentiellement sur les descriptions que les auteurs classiques ont données des hiéroglyphes et il va les transposer en images. Pour lui, les hiéroglyphes sont des symboles auxquels il donne une signification chrétienne (Fig. 1).

Au dix-septième siècle, les collectionneurs se passionnent pour les antiquités égyptiennes. C’est l’époque où sont constitués des cabinets de curiosités. On va voyager en Égypte pour chercher des antiquités et aussi des manuscrits, notamment des manuscrits coptes.

Une des collections les plus importantes est celle de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc (1580-1637), à Aix en Provence. Cette collection comprenait notamment des manuscrits coptes, qui ont été mis à la disposition d’une figure dominante dans l’histoire du déchiffrement des hiéroglyphes, Athanasius Kircher.

Le Jésuite Athanasius Kircher (1602-1680) est né en Allemagne. En 1631, suite à l’invasion de la région par les troupes du roi de Suède, il se rend en Avignon où il va enseigner les mathématiques, la philosophie et les langues orientales. C’est là que Kircher va entrer en contact avec Fabri de Peiresc qui va notamment lui fournir des manuscrits coptes et une copie de la Mensa Isiaca. Tous deux vont tenter de déchiffrer ces textes. En 1635, Kircher est nommé professeur à Rome: c’est là qu’il va poursuivre ses recherches sur le copte et sur les hiéroglyphes, jusqu’à sa mort, en 1680.

Parmi les ouvrages de Kircher, qui touchent à de nombreux domaines, tels la musique ou l’astrologie, plusieurs concernent les hiéroglyphes ou le copte. Ainsi, le Prodromus coptus sive aegyptiacus (1636) contient la première grammaire copte. Dans le livre intitulé Lingua aegyptiaca restituta, sive institutiones grammaticales et lexicon copticum (1643), Kircher considère le copte comme un vestige de la langue égyptienne ancienne.

En 1652-54 paraît l’Oedipus Aegyptiacus, dans lequel Kircher considère que les hiéroglyphes sont des symboles qui recèlent de grands mystères (Fig. 2).

En 1652-54 paraît l'Oedipus Aegyptiacus, dans lequel Kircher considère que les hiéroglyphes sont des symboles qui recèlent de grands mystères

Le début du dix-huitième siècle est marqué par une découverte importante. Le consul Benoît de Maillet, en poste au Caire, découvre des bandelettes couvertes d’une écriture inconnue. Il va publier un article à ce propos en 1704. Dans cet article, il conclut que les Égyptiens avaient une autre écriture que les hiéroglyphes, qui étaient réservés aux monuments. Ici, il s’agit d’une écriture courante, qui serait, selon lui, constituée de lettres alphabétiques. Il s’agit en fait de démotique.

Un autre pas important est la découverte par l’abbé Jean-Jacques Barthélémy, en 1752, des cartouches, dans lesquels sont écrits des noms royaux.

Le dix-huitième siècle se caractérise aussi par la comparaison des hiéroglyphes avec l’écriture chinoise. En fait, ce comparatisme avait déjà été tenté avant, dès le seizième siècle, mais cette idée va faire fortune au dix-huitième siècle.

L’Expédition d’Égypte de Napoléon Bonaparte est un événement essentiel dans l’histoire du déchiffrement des hiéroglyphes. C’est en effet lors de cette expédition qu’est découverte la fameuse pierre de Rosette, en 1799. Cette pierre comporte un décret ptolémaïque en trois versions: en grec, en démotique et en égyptien de tradition. Des copies vont en être établies et envoyées en Europe (Fig. 3).

L'Expédition d'Égypte de Napoléon Bonaparte est un événement essentiel dans l'histoire du déchiffrement des hiéroglyphes. C'est en effet lors de cette expédition qu'est découverte la fameuse pierre de Rosette, en 1799. Cette pierre comporte un décret ptolémaïque en trois versions: en grec, en démotique et en égyptien de tradition. Des copies vont en être établies et envoyées en Europe

En 1802, le suédois Ackerbläd (1763-1819) et le français Silvestre de Sacy (1758-1838) déchiffrent le nom de Ptolémée dans le texte démotique, en mesurant les signes.

En 1814, l’anglais Thomas Young (1773-1829) commence à étudier le texte. Il lit ainsi les noms de Ptolémée et de Bérénice dans le texte hiéroglyphique. Il va établir une liste d’environ 200 signes, dont certains sont corrects.

L’honneur d’avoir déchiffré les hiéroglyphes revient cependant à Jean-François Champollion (1790-1832). Champollion déchiffre le nom de Ptolémée et de Cléopâtre dans le texte de la pierre de Rosette. En septembre 1822, examinant des estampages d’inscriptions du temple d’Abou Simbel, il comprend que l’écriture hiéroglyphique mêle signes phonétiques et idéogrammes. Peu après, il fait part de ses découvertes dans la fameuse Lettre à M. Dacier, présentée devant l’académie des inscriptions et belles-lettres.

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