Les ostraca satiriques et 'le monde renversé': fiction littéraire ou caricature de l'État égyptien ?

Arnaud Quertinmont

 

Connu essentiellement pour avoir été habité durant le Nouvel Empire par les artisans qui creusèrent et décorèrent les hypogées royaux de la Vallée des Rois, le site de Deir el Medineh nous a livré une quantité d’extraordinaires d’ostraca (du grec ostrakon coquille).

Ces éclats, utilisés comme brouillon, nous livrent les informations les plus diverses : comptes, esquisses, ébauches de textes…

Cependant, certains d’entre eux représentent des choses un peu plus particulières, à savoir de petites scénettes où des animaux agissent comme des êtres humains, « imitant » différentes activités de la vie quotidienne, religieuse et funéraire. Ces représentations mettent en scène une grande diversité d’animaux (singes, chats, souris, chèvres, hippopotames, crocodiles,..) dans le cadre de ce qu’on l’on pourrait appeler « Le monde à l’envers ». Celle-ci tend à rompre un récit cohérent et à amener une situation dans la quelle le plus faible domine le plus fort. Cette conception est propre à l’Egypte ancienne où s’affrontent Ordre et Chaos.

De l’ensemble de ces représentations, un thème est assez fréquemment représenté : une souris servie par un chat. C’est ainsi que l’on retrouve une souris, siégeant dans un confortable fauteuil, servie par un chat

Souris servie par un chat, Calcaire, Nouvel Empire, Bruxelles MRAH   inv. E.6727

Souris servie par un chat, Calcaire, Nouvel Empire, Bruxelles MRAH inv. E.6727

Les interprétations relatives à des objets sont diverses et variées. Certains y voient une satire, une caricature de la société. En effet, la plupart des scènes trouvent un écho assez particulier dans les représentations de l’art officiel, aspect militaire, domestique ou encore religieux.

Néanmoins, bien que la satire semble exister, du moins si l’on en croit certains ostraca, il est généralement admis que ces objets soient l’illustration de contes mettant en scène des animaux. Notre civilisation conserve d’ailleurs de nombreux exemples de petites histoires où les animaux interagissent comme des êtres humains (Les Contes du Chat Perché) et où la proie domine le prédateur (Titi et Gros Minet, Beep Beep et le Coyote…). Cette hypothèse serait étayée par le fait que la Guerre entre les Chats et les Souris trouve encore un écho dans les traditions orales, tant égyptiennes, que soudanaises et éthiopiennes. Dans une civilisation pharaonique où la majeure partie de la civilisation ne sait ni lire ni écrire, ces historiettes permettent, une fois de plus, de démontrer un art spontané, emprunt de vie, bien loin des tombeaux si couramment étudiés.

Papyrus satirique, Basse Epoque, Turin 55001

Papyrus satirique, Basse Epoque, Turin 55001