Sésostris-contemple-le-Double-Pays ou le renouveau architectural des pyramides au Moyen Empire

David Lorand

 

Statue-pilier osiriaque de Sésostris I. Calcaire peint. H. : 180 cm. Musée égyptien du Caire (CG 401) (d’après Wildung, 1984, fig. 71)Statue de Sésostris assis. Calcaire. H. : 190 cm. Musée égyptien du Caire (CG 411) (d’après Wildung, 1984, fig. 72)« Sésostris-contemple-le-Double-Pays » (Senousret-peter-taouy) est le nom égyptien de la pyramide du second souverain de la douzième dynastie, Kheperkarê Sésostris I.

Après avoir parachevé le complexe funéraire de son père Amenemhat I, Sésostris I entame, en l’an 10 de son règne, la construction de sa propre demeure d’éternité sur le plateau désertique d’el-Lisht. La structure interne, mise en évidence par les travaux de la mission du Metropolitan Museum, s’apparente à une croix en pierres de taille coïncidant avec les diagonales de la pyramide, tandis que les espaces intermédiaires étaient occupés par des murs de refends, et les interstices remplis de briques à l’instar de caissons. L’apparence lisse de la pyramide n’était due qu’au parement réalisé à l’aide de blocs calcaires provenant des carrières de Toura, assujettis les uns aux autres avec des queues d’aronde aux noms du souverain. Une fois les blocs de parements ôtés par les pillards, la structure interne s’éroda fortement, et la pyramide ne présente à l’heure actuelle plus que la forme d’un gros monticule de pierres et de briques. La chambre funéraire n’a pas pu être atteinte par les fouilleurs modernes car située sous le niveau de la nappe phréatique.

Les structures connexes à la pyramide sont largement détruites mais leur plan reste toutefois lisible. La chaussée montante était jalonnée de piliers osiriaques placés dans des niches, et aboutissait à la première enceinte du complexe funéraire et au temple haut à court péristyle (le temple de la Vallée n’a pas été repéré). Compte non tenu de la pyramide de ka royal, neuf pyramides secondaires occupent l’espace situé entre la première et la deuxième enceinte du complexe architecturale. Deux d’entre-elles appartiennent aux reines Neferou et Itokaït.

Illustration de gauche : Statue de Sésostris assis. Calcaire. H. : 190 cm. Musée égyptien du Caire (CG 411) (d’après Wildung, 1984, fig. 72)

Illustration de droite : Statue-pilier osiriaque de Sésostris I. Calcaire peint. H. : 180 cm. Musée égyptien du Caire (CG 401) (d’après Wildung, 1984, fig. 71)

 

Plan du complexe funéraire de Sésostris I à Lisht (d’après Aufrère et Golvin, 1997, p. 170)

Plan du complexe funéraire de Sésostris I à Lisht (d’après Aufrère et Golvin, 1997, p. 170)

Une favissa située dans la zone des deux pyramides des reines livra une dizaine de statues intactes du souverain, assis, décorées sur le trône de scènes célébrant l’unification du Double Pays. Il s’agit manifestement d’un dépôt sacré comme l’indique la présence de vases rituels.

Vue vers le nord-ouest de la pyramide de Sésostris I (hauteur actuelle : 23 m) (d’après Lehner, 1997, p. 171)

Vue vers le nord-ouest de la pyramide de Sésostris I (hauteur actuelle : 23 m) (d’après Lehner, 1997, p. 171)

Le complexe funéraire de Sésostris I illustre le renouveau architectural des pyramides au cours du Moyen Empire, inaugure de nouvelles pratiques techniques et fourni un ensemble statuaire de première importance pour ce souverain dont le règne est un des plus longs (45 ans) et des plus brillants.

Panneau latéral d’un trône d’une des statues découvertes dans la favissa. Horus et Seth, symbolisant la Haute et la Basse Egypte, lient ensemble le papyrus et le roseau, plantes emblématiques du Double-Pays (d’après Lehner, 1997, p. 172)

Panneau latéral d’un trône d’une des statues découvertes dans la favissa.
Horus et Seth, symbolisant la Haute et la Basse Egypte, lient ensemble le papyrus et le roseau, plantes emblématiques du Double-Pays (d’après Lehner, 1997, p. 172)