L'effondrement de la royauté en Égypte ancienne : le saccage des momies royales

Charlotte Lejeune

 

Depuis plusieurs siècles, la momie égyptienne exerce sur le monde occidental une puissante fascination. D'abord commentée par les auteurs antiques, puis traquée pour sa mummia, ensuite déterrée violemment pour la délester de ses ornements, débandelettée par les premiers savants en quête de sensations et, enfin, mise à l'étude par les laboratoires, la momie d'Égypte nous révèle peu à peu ses secrets.

Depuis sa confection même jusqu'à sa protection magique, tout fut mis en oeuvre depuis les plus hautes époques de la civilisation égyptienne pour préserver le corps humain et de certains animaux, afin de leur assurer la survie essentielle, garante d'éternité.

L'effondrement de la royauté en Égypte ancienne: le saccage des momies royales

Ramsès IILorsque les premiers voyageurs européens arrivèrent en Orient au XVe siècle, ils découvrirent les rives du Nil et ses momies. Les Egyptiens se firent alors chercheurs de trésors, et la momie était très demandée sur le marché des curiosités orientales et des antiquités.

Que ce fût pour un cabinet de curiosités ou les rayons des apothicaires -la momie réduite en poudre était, paraît-il, un remède à tous les maux-, les fellahs retournèrent tout le sable d'Egypte à la recherche de la moindre inhumation ancienne, de la moindre momie à vendre aux Européens. Ni les fouilleurs ni les acheteurs ne savaient distinguer le corps d'un roi de celui du plus humble de ses sujets, une fois toutes les parures disparues…

Durant la seconde moitié du XIXe siècle, alors que l'égyptologie scientifique prenait son essor, les égyptologues constatant cette hémorragie avaient-ils encore le moindre espoir de trouver des momies royales et de connaître le visage des pharaons ? Une affaire policière vieille de trois millénaires s'apprêtait alors à refaire surface, pour ressusciter les rois immortels…

En 1881, remontant la piste de voleurs d'antiquités à Louxor et menant une enquête policière musclée, Gaston Maspero et Emile Brugsch retrouvèrent cinquante et une momies regroupées dans une seule tombe, comme cachées là, parfois bien après leur première inhumation. Parmi ces momies onze étaient celles de rois du Nouvel Empire, dix de membres de leurs familles, et onze autres des familles des grands prophètes d'Amon à Karnak au début de la 21e dynastie.

Vallée des Rois

La découverte sensationnelle se renouvela en 1898 quand Victor Loret pénétra dans une tombe inédite dans la Vallée des Rois, qui contenait, outre la momie de son royal propriétaire, Amenhotep II, huit autres momies de pharaons de la même époque et des momies anonymes. Pourquoi dix-neuf momies des rois enterrés à Thèbes au Nouvel Empire furent elles retrouvées en dehors de leurs tombes ? Depuis quand se trouvaient-elles dans ce que nous appelons des cachettes ? Et qui les y a placées ?

Depuis 1881, les archéologues cherchent à répondre à ces questions. Pour cela, ils ont le peu d'informations apportées par le rapide nettoyage des tombes et ce que l'équipe actuelle d'Erhart Graefe parvient encore à trouver dans la première cachette. Ils espèrent ainsi lever le voile sur une époque encore mal connue de l'histoire, à la charnière entre l'Empire tout puissant de Ramsès II et le renouveau du Double Pays basé sur les valeurs classiques et le brassage des cultures dans le Delta. C'est l'époque du déclin de la Vallée des Rois, celle de la prise de pouvoir par le clergé d'Amon, celle de l'effondrement de la royauté traditionnelle.