Le Papyrus dramatique du Ramesseum

David Lorand

 

Objets en provenance du RamesseumUn «nouveau» document de propagande royale pour Sesostris Ier...

En 1896, J.E. Quibell découvre sous les magasins du Ramesseum (Thèbes ouest) la tombe dite « du magicien », datant de la 12ème dynastie. Le matériel qu’elle a livré au fouilleur concerne en effet le monde de la magie et de la médecine : nombreux textes magico-médicaux sur la naissance, l’enfantement, la protection contre les serpents, etc, ainsi que des objets que nous pourrions qualifier « d’objets de la pratique » (amulettes diverses, statuettes, …).

Pourtant, d’autres documents ne semblent pas appartenir à cette gamme de textes et d’objets, comme les textes littéraires (Contes de Sinouhé et du Paysan éloquent, Enseignement de Sisobek) ou un répertoire onomastique. Le Papyrus dramatique du Ramesseum qui nous intéresse appartient aussi à ces « autres » textes. Comme eux il a fait l’objet de nombreuses études de la part des égyptologues depuis sa publication en 1927 par l’allemand K. Sethe.

Ces études portent, pour l’essentiel, sur le genre littéraire du texte et la nature/fonction de ce texte. Sa structure énonciatrice (parties narratives, discours divins, commentaires) en fait un texte hors du commun dont les parallèles sont peu nombreux et datant principalement de la Basse Epoque (les textes dits « dramatiques » comme le Mythe d’Horus sur les parois du temple d’Edfou ou le Monument de théologie memphite).

Par ailleurs, le sujet de son propos – le couronnement du pharaon Sésostris Ier – en fait un texte particulièrement intéressant.

Fac-simile. Les cartouches des vignettes mentionnent le nom de Sésostris Ier

Fac-simile. Les cartouches des vignettes mentionnent le nom de Sésostris Ier

Pourtant, les certitudes à son sujet sont peu nombreuses et les hypothèses régulièrement remises en question. Très tôt, le chanoine E. Drioton a considéré qu’il s’agissait là d’une forme particulière de « théâtre », s’apparentant aux Mystères du Moyen-Âge, et montrant le couronnement du nouveau roi à la population égyptienne en suivant un itinéraire le long du Nil, entre la Haute et la Basse Egypte. La question reste posée.

Les commentateurs allemands W. Helck et H. Altenmüller ont, au cours des années 1970, longuement débattu de la structure de ce texte, remettant en cause son sens de lecture ou d’écriture, voire la cohérence interne du texte. Ces travaux allaient poser la base d’une nouvelle approche du texte : quelle information se cache sous la structure du texte et que ne livrerait pas le texte lui-même ?

fac-simile. Les cartouches des vignettes mentionnent le nom de Sésostris Ier

Fac-simile. Les cartouches des vignettes mentionnent le nom de Sésostris I

Après une étude détaillée de sa composition et de sa structure, son sens de lecture, son organisation interne (éléments que nous appelons organisation spatio-dynamique), ses jeux de mots et jeux graphiques, nous pensons pouvoir mettre en avant une nouvelle proposition quant à sa nature/fonction : serait-ce un « nouveau » document de propagande royale au service de Sésostris Ier ? Le contexte historique s’y prête (assassinat de son prédécesseur Amenemhat Ier), et d’autres textes semblent confirmer cette hypothèse (Les Aventures d’Horus et Seth dans le pChester Beatty).