Lumières sur la période amarnienne

Florence Doyen

 

AtonLe pharaon Akhenaton, sa famille, sa "doctrine" constituent certainement, au sein de notre approche de la civilisation égyptienne, les sujets les plus fréquemment abordés et commentés par nos contemporains, fascinés par les nombreuses curiosités créées et développées au cours de son règne.

Nous vous présentons ici une brève présentation qui fut écrite pour l'exposition tenue à Leyde Les Pharaons du Soleil. Akhenaton, Nefertiti, Toutankhamon.

En route à la rencontre d'un souverain aux intenses préoccupations solaires.

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Les colosses en grès d'Amenhothep IV

Créée au Moyen Empire, la statue royale dite osiriaque est désormais classiquement employée dans l'architecture du Nouvel Empire. Figurant le roi bras croisés sur la poitrine, sceptres dans les mains, coiffé de la couronne rouge, blanche ou double, le corps enveloppé dans un suaire, ce type statuaire est en effet intimement lié à l'architecture des temples où il évoque, par sa présence momiforme, le premier des rois, Osiris, souverain du monde de l'au-delà. Retrouvées alignées contre les piliers de la cour à portique péristyle du temple Gem Pa Aton, les statues colossales d'Amenhotep IV datent du tout début de son règne, quand furent érigés, à l'est du domaine d'Amon de Karnak, plusieurs monuments dédiés à Aton par son royal serviteur.

Si les colosses d'Amenhotep IV reprennent le thème traditionnel de la statue osiriaque, ils diffèrent des modèles antérieurs par une adaptation plus radicalement solaire, et surtout royale, du thème : les bras restent croisés sur la poitrine, mais une place plus importante est accordée aux attributs de la royauté terrestre et vivante.

Ainsi, le pharaon porte la barbe droite, celle des rois, et le pagne découvrant le torse, les bras et les jambes. Sur sa tête, s'accumulent différentes couronnes et couvre-chefs royaux marquant la divinisation d'Amenhotep IV. Dans ces colosses d'environ quatre mètres de haut, la proportion dévolue à l'ensemble formé par les couronnes surmontant le visage étiré en une longue barbe, atteint un tiers de la hauteur totale, soulignant par là la portée de cette nouvelle image de la royauté. À l'intérieur de ce cadre classique qu'est le type osiriaque, les sculpteurs ont ajusté quelques innovations modifiant le vocabulaire traditionnel.

À la joliesse formelle de la statuaire en vogue sous le règne de son père, s'opposent les traits violents, les lignes tendues, les volumes saillants et le modelé heurté des colosses en grès du jeune roi. C'est un dialogue animé d'une tension complexe entre les formes étirées du visage et les courbes souples et charnues des lèvres, entre l'allongement du torse, la crispation des membres supérieurs, la maigreur des membres inférieurs et les rondeurs des hanches, des cuisses et des pectoraux qui caractérise ces premières statues du répertoire royal d'Amenhotep IV.

Les monuments d'Amenhotep IV à Karnak

Les recherches menées parmi les multiples vestiges des monuments érigés par Amenhotep IV dans, ou à proximité du domaine d'Amon de Karnak, ont permis d'établir, à défaut de trouvailles archéologiques in situ, l'ordre dans lequel ceux-ci ont été construits, ainsi que le ou les thèmes abordés dans la décoration. Déjà avant le règne d'Amenhotep IV, à l'est du temple d'Amon, il existait une zone dédiée au dieu solaire d'Héliopolis, Rê-Horakhty, dans le secteur de l'obélisque unique.

C'est ici que le jeune pharaon décide de consacrer un temple baptisé "grand Benben de Rê-Horakhty en son nom de La lumière qui est dans l'Aton". Ce premier ensemble de monuments fonctionne tel un tertre primordial; le temple est construit en pierres mises en oeuvre et décorées suivant les procédés traditionnels.

S'étendant cette fois à la lisière orientale du domaine d'Amon, au sein du Gem Pa Aton (Découverte d'Aton), d'autres monuments seront construits au moyen de talatates, ces blocs de grès extraits de la carrière du Gebel Silsileh, offrant des dimensions standardisées (52 x 26 x 22 cm) et mis en oeuvre suivant les procédés de construction propres à l'architecture en briques crues; ces murs non porteurs (les temples dédiés à l'Aton sont dépourvus de toit) seront décorés de reliefs gravés dans le creux.

D'après les inscriptions mentionnées sur les talatates, on relève l'existence de deux sous-ensembles: le Teny-Menou-en-Aton-er-neheh (Distingués sont les monuments d'Aton pour l'éternité) et le Roudj-Menou-en-Aton-er-neheh (Stables sont les monuments d'Aton pour l'éternité). Le premier, doté d'une fenêtre d'apparition et d'un podium royal, matérialise un lieu privilégié où se manifeste la divinité baignant de ses rayons solaires les offrandes quotidiennes. Le deuxième ajoutera à cette thématique de nombreuses scènes illustrant la vie du couple royal; ainsi, le roi et la reine, par leurs gestes quotidiens, assurent l'existence même du monde.

L’Horizon d’Aton, palais, temples et tombeaux à el Amarna

Reconnus dès le début du 19è siècle comme les fondations par le pharaon Akhenaton de la ville sacrée d'Akhetaton, les vestiges fantomatiques de l'Horizon d'Aton sont l'objet de nombreuses prospections depuis près de deux siècles. D'une importance considérable pour notre connaissance de l'habitat en Egypte ancienne au milieu de la 18è dynastie, le site d'El Amarna offre, à ciel ouvert, le plan d'une ville fonctionnant en tant que résidence royale, circonscrite à l'intérieur d'un domaine sacré limité par les stèles-frontières.

Par la lecture croisée des sources écrites, figurées et matérielles, se révèle peu à peu le déchiffrement d'une organisation spatiale complexe composée d'ensembles cultuels, palatiaux, résidentiels et administratifs. Menées depuis 1977 par Barry J. Kemp, les missions de fouilles de l'Egypt Exploration Society complètent efficacement nos connaissances en matière d'archéologie urbaine.

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