Le voyage en Égypte au féminin : femmes de lettres et exploratrices au 19è siècle

Dr Marie-Cécile Bruwier

 

Pendant longtemps, l’œuvre littéraire de Juliette de Robersart (1824-1900), originaire de Mons en Hainaut, est passée inaperçue. La première étude critique sur les publications de cet écrivain talentueux n’a été publiée que très récemment. L’auteur, le professeur R. Mortier, s’étonne, à juste titre, de ne trouver dans le Dictionnaire des Belges ou dans la Biographie de Belgique aucune notice au sujet de celle qu’il nomme: la «voyageuse belge oubliée».

Vue d'Alexandrie

Vue d'Alexandrie

C’est le récit de son voyage en Égypte qui rendra à la voyageuse belge la place qu’elle mérite. En 1864, Juliette s’était rendue dans la Vallée du Nil et au Proche-Orient. Elle tint un journal qu’elle publia en 1867 chez l’éditeur parisien Victor Palmé sous le titre Orient. Égypte; journal de voyage dédié à sa famille par Mme la comtesse Juliette de Robersart (362 pages in-12). La même année parurent deux volumes intitulés cette fois: Orient. Syrie; journal de voyage dédié à sa famille par Mme la comtesse Juliette de Robersart et publiés chez l’éditeur Challamel aîné (307 + 429 pagnes in-18).

En 1998, à l’occasion des manifestations organisées sur le thème « France-Égypte: Horizons partagés », une exposition consacrée au Voyage en Égypte. Récits de femmes du XIXe siècle. Viaggio in Egitto. Racconti di donne dell’Ottocento confronte des extraits de textes de Juliette de Robersart avec ceux d’autres voyageuses contemporaines qui se sont rendues dans la Vallée du Nil. Elles appartiennent pour la plupart à l’aire francophone. Ce sont deux femmes de lettres, Olympe Audouard et Louise Colet, la Saint-Simonienne Suzanne Voilquin, la Suisse Valérie de Gasparin et l’Italienne Amalia Nizzoli appréciée tant pour sa contribution égyptologique que pour la qualité littéraire de ses descriptions. Les trois premières dames voyagent seules, de même que Juliette de Robersart se déplacent sans protection masculine alors que les deux dernières voyageuses accompagnent leur mari.

En 2000, ce regain d’intérêt pour la personnalité de la comtesse se manifeste par une exposition qui lui est consacrée en son château de Wambrechies, près de Lille.

À l’automne de la même année, lors de la rédaction du catalogue des livres anciens sur l’Égypte conservés à la bibliothèque de l’Université de Mons, j’ai découvert avec beaucoup d’intérêt le journal du voyage de Juliette de Robersart dans la Vallée du Nil. J’en ai reproduit certains extraits. Dès ce moment, il m’est apparu utile de rééditer le récit et de l’accompagner d’un appareil de notes. J’ai regroupé les lettres de manière à former des séquences correspondant aux étapes du voyage. Pour illustrer le texte de la voyageuse, j’ai sélectionné des gravures provenant notamment de L’Illustration, de récits de voyageurs contemporains ainsi que des photographies du XIXe siècle.

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