Égyptologue et collectionneur: Gustave Hagemans et son cabinet d'amateur (1863)

Dr Eugène Warmenbol

 

Gustave Hagemans , rentier à vingt-et-un ans, donateur à trente ans, ruiné à quarante-cinq ans, "légua à ses enfants cette grâce exquise qui donne un charme profond à la courtoisie des rapports et cette haute façon de concevoir la vie qui en double le prix et en fait apprécier la valeur"[1].

S'il n'est pas certain que tous ces enfants aient vu les choses ainsi, deux de ses arrières-petits-enfants ont, pour notre bonheur et facilité, conservé une partie de ses archives, témoins précieux de la vie de cet "ami passioné de l'archéologie"[2]. Il s'avère que Gustave était aussi dessinateur honorable, et il illustre lui-même ses ouvrages et articles. Probablement son Cabinet d¹amateur est-il le tout premier ouvrage publié en Belgique illustrant correctement une collection d¹objets égyptiens[3]. Les documents d'archives acquis par les Musées Royaux d'Art et d'Histoire[4] comprennent par ailleurs un certain nombre d'aquarelles originales dont la qualité témoigne d'un certain talent.

Sans doute est-ce son petit-fils Paul Hagemans qui écrivait à Jean-Capart que Gustave Hagemans "laissera dans l'école belge des Sciences historiques une trace que je crois pouvoir qualifier de prépondérante. Sa vaste érudition, qui s'attacha à tant de domaines passionnants de l'archéologie, lui fera faire, je pense, pour son époque, figure de précurseur"[5].

Nous laisserons largement la parole à Gustave Hagemans dans cette conférence, pour faire comprendre aux auditeurs combien cette appréciation est fondée. Gustave Hagemans nous apparaît comme quelqu'un vivant l'archéologie avec passion, une qualité qu'il partage avec Albert d'Otreppe, son aîné, peut-être son modèle. Il nous semble que, de plus, il cherchait à faire partager sa passion, comme tendrait à le montrer son infatigable activité dans les différentes sociétés savantes qui enrichissent la vie intellectuelle de la Belgique à partir du milieu du XIXème siècle, à Liège d'abord, à Anvers et à Bruxelles ensuite.

[1] Archives de l'Association égyptologique Reine Elisabeth, lettre du 12 septembre 1938 de Paul Hagemans (?) à Jean Capart.

[2] G. HAGEMANS, Un cabinet d'amateur. Notices archéologiques et description raisonnée de quelques monuments de haute antiquité, Liège/Leipzig, 1863, p. V.

[3] Seize planches illustrent son Cabinet d'amateur (voir la note précédente), reproduisant un peu plus de deux cents objets de sa collection, tous parfaitement reconnaissables.

[4] Musées Royaux d'Art et d'Histoire, Bilbiothèque de l'Antiquité, Réserve précieuse, n° 130.343.

[5] Archives de l'Association égyptologique Reine Elisabeth, lettre du 12 septembre 1938 de Paul Hagemans (?) à Jean Capart.


Libéral convaincu, franc-maçon, rentier à vingt-deux ans, propriétaire à vingt-quatre, Gustave Hagemans "légua à ses enfants cette grâce exquise qui donne un charme profond à la courtoisie des rapports et cette haute façon de concevoir la vie qui en double le prix et en fait apprécier la valeur". Son fils sera peintre, ami de Félicien Rops, avec lequel il voyage. Gustave lui-même était dessinateur honorable et illustre d'une plume légère ses propres ouvrages.

La Dame de BruxellesProbablement son "Cabinet d'amateur" est-il le tout premier livre, publié en Belgique par un Belge illustrant correctement une collection d'objets égyptiens. Une collection qui se trouve maintenant aux Musées Royaux d'Art et d'Histoire, dont la "Dame de Bruxelles" reste une des pièces majeures.

(photo de gauche - La "Dame de Bruxelles" Inv.no. E.0752 - Hauteur: 74,5 cm - Largeur: 18,5 cm ©MRAH)

Une des planches de la collection HagemansNous reprendrons à notre compte l'appréciation de son arrière-petit-fils: Gustave Hagemans "laissera dans l'école belge des Sciences historiques une trace que je crois pouvoir qualifier de prépondérante. Sa vaste érudition, qui s'attacha à tant de domaines passionants de l'archéologie, lui fera faire je pense, pour son époque, figure de précurseur".

Gustave Hagemans nous paraît quelqu'un vivant l'archéologie avec passion, une qualité qui nous semble faire défaut à beaucoup de ses contemporains. Il nous semble que, de plus, il cherchait à faire partager sa passion, comme tendrait à le montrer son infatigable activité dans les différentes sociétés savantes qui enrichissent la vie intellectuelle en Belgique à partir du milieu du XIXème siècle. Il nous paraît toutefois assez représentatif aussi de ces intellectuels curieux de tout qui étoffaient au XIXème siècle les travaux dans les temples maçonniques de Belgique, et qu'il forme en quelque sorte l'antithèse d'un abbé Daury qui, par contraste, peut être considéré comme un exemple typique de ces ultra-montains curieux de rien, parce que trouvant toutes les réponses dans les dogmes, qui éteignaient les travaux dans les églises du siècle dernier.

Les "Annales de Philosophie Chrétienne" et, plus tard, la "Revue des Questions Scientifiques" seront les organes de ces hommes à la recherche de "ce que les sciences humaines renferment de preuves et de découvertes en faveur du Christianisme", des croyants à qui "chaque journée de labeur apporte sa part au trésor de (leurs) certitudes".

(photo de droite - Un cabinet d'amateur. Notices archéologiques et description raisonnée de quelques monuments de haute antiquité Liège/Leipzic, 1863)

Les activités de Gustave Hagemans, ainsi que ses publications - entre autres dans "Le Moniteur"- forment l'élégante et incontournable contradiction des paroles de la bigote comtesse de Robersart. "Egypte profonde! qui appeliez vos palais des hôtelleries et vos tombeaux des maisons éternelles écrivait-elle en 1867, "que vaine est votre sagesse! que hideux sont vos symboles religieux! qu'horrible est votre morale et votre despotisme".

Isis se dévoilant ou l'allégorie du Savoir

Isis se dévoilant ou l'allégorie du Savoir

Médaille frappée pour l'Académie de Belgique, quand Hagemans en était le vice-président, puis le président (1866-1967).