De Thèbes à Memphis, les nécropoles de la Renaissance Saïte: un héritage millénaire

Charlotte Lejeune

 

Les mastabas de l’Ancien Empire sont réputés pour la profusion et la variété des scènes qui ornent leurs parois. Elles nous font découvrir mille aspects de la vie au bord du Nil et les offrandes que désiraient les riches dignitaires pour leur survie dans leur tombe.

Pour les hypogées des nomarques du Moyen Empire, de Beni Hassan à Assouan, les artistes créent de nouveaux thèmes à la gloire des chefs de province. Ils représentent le déplacement de l’immense statue d’albâtre taillée dans les carrières d’Hatnoub, près d’el-Bercheh, et des scènes de combat dans les tombes de Beni Hassan. Les caveaux des nobles égyptiens ont quant à eux livré de magnifiques modèles de bois qui reprennent l’iconographie des parois de mastaba : ce sont les files de porteuses d’offrandes à la taille fine, côtoyant les scènes animées de boucherie, de menuiserie et de pêche à la nasse.

Enfin, aucune nécropole privée n’est aussi connue celle de Thèbes au Nouvel Empire. Plus d’une centaine d’hypogées peints de couleurs vives constituent la plus grande galerie de peintures au monde, qui ne rivalise en qualité qu’avec la délicatesse des reliefs de certaines chapelles, comme celle de Ramose, creusée plus bas dans les collines de la montagne occidentale.

Pourtant nous oublions souvent que l’art funéraire égyptien n’a pas atteint ce climat artistique pour disparaître immédiatement. Il semble être plus discret au premier millénaire avant notre ère mais en réalité il a simplement évolué de sorte qu’il apparaît à nos yeux moins remarquable, moins brillant. Les peintres, les sculpteurs et les artisans fabricant le matériel funéraire n’ont pas considéré cette apogée du Nouvel Empire comme une fin en soi et ont cherché à aller plus loin d’un point de vue artistique comme technique.

Ainsi, les tombeaux de la Basse Epoque n’ont rien à envier à leurs prédécesseurs, par leur architecture, leur matériel et leur décoration pariétale : les architectes font preuve d’inventivité technique et cherchent le moyen de mieux protéger les caveaux des voleurs, ou construisent pour les riches notables de véritables petits temples ; les peintres et les sculpteurs créent ou reprennent des thèmes variés pour orner les murs des chapelles et des caveaux ; mais surtout le matériel funéraire et les textes inscrits sur les parois rendent compte de la complexité de la pensée religieuse d’époque tardive, riche de deux millénaires et demi de tradition et d’innovations.

Aujourd’hui, d’anciennes grandes tombes tardives découvertes au XIXe siècles sont réétudiées, et de nombreuses tombes sont mises au jour et livrent aux archéologues des trésors artistiques inattendus, comme dans le secteur fouillé par le Musée du Louvre à Saqqarah, et des informations essentielles sur l’art funéraire égyptien tardif.