Les acteurs d'Egyptologica sur le terrain

 

Karnak

Saï

La porte ptolémaïque du deuxième pylône à Karnak / L’île de Saï (nord Soudan)

La porte ptolémaïque du deuxième pylône à Karnak

Michèle Broze et René Preys (directeurs), et Audrey Dégremont, assistante à la direction. Avec la participation d'Aurélie Paulet, Marie-Astrid Calmettes, Arnaud Delhove, Stéphane Fetler, Amandine Godefroid, Aline Distexhe.

L'équipe

Arnaud Delhove, Amandine Godefroid, Audrey Dégremont, Michèle Broze, Stéphane Fetler et René Preys pour la mission belge.

Evidemment, le projet présenté ici sous ses différentes aspects ne serait pas possible sans l'aide d'une équipe merveilleuse que voici.

La publication et l'étude de la porte ptolémaïque du deuxième pylône de Karnak font partie d'un projet plus large du Centre Interdisciplinaire d'Etudes des Religions et de la Laïcité de l'Université Libre de Bruxelles, financé par le FNRS et dirigé par Michèle Broze.

Ce projet vise à étudier les pratiques et les croyances religieuses dans la région thébaine de manière diachronique et pluridisciplinaire, de l'Antiquité à nos jours. Plusieurs axes sont envisagés, qui comprennent l'Egypte chrétienne et l'Egypte musulmane tout autant que l'Egypte polythéiste. C'est dans ce cadre que nous avons étudié les villages de Gourna et réalisé une exposition et qu'une étude d'Emmanuel Serdiuk, anthropologue, est en cours sur le saint patron de Louxor, Abû al-Hajjâj. Les textes magiques gréco-égyptiens, et les textes gnostiques de Nag Hammadi sont également intégrés dans l'étude, en collaboration avec une équipe internationale.

EchafaudageLa porte ptolémaïque du deuxième pylône du temple d'Amon à Karnak a retenu notre attention pour plusieurs raisons. Curieusement, ce monument imposant (22 mètres de haut!) n'a jamais été publié ni étudié dans son intégralité. Pourtant, les textes du soubassement et les scènes d'offrandes sont très intéressants sur le plan religieux. Les scènes n'ont jamais été publiées, ni traduites.

Notre but est de remplacer l'ancienne publication de Sethe dans les Urkunden, dont on ne connaît que trop bien les insuffisances. La publication de Sethe ne mettait en effet que le texte à disposition. Il faut cependant donner crédit au scientifique allemand qui n'a commis que peu d'erreurs dans sa copie malgré les circonstances techniques difficiles. En effet, il travaillait avec des jumelles...

Nous avons pu, grâce au le Centre Franco-Egyptien d'Etudes des temples de Karnak (CFEETK), faire monter des échafaudages qui nous ont permis de contrôler les textes, mais aussi de photographier les scènes et les textes, de la manière la plus complète possible.

La porte fut probablement construite par Ptolémée IV Philopator dont on trouve les cartouches sur la petite porte du passage. On peut supposer que les travaux de Ptolémée IV sont contemporains de ceux exécutés dans le kiosque de Taharqa. Il est probable que les échafaudages utilisés pour construire la porte monumentale ont permis de s'approcher de l'abaque des colonnes nubiennes où l'on retrouve le cartouche du roi. De même, les panneaux d'entrecolonnement du kiosque furent regravés par ce roi. Cependant, sur toutes les scènes d'offrandes c'est le nom de Ptolémée VI Philometor qui apparaît.

La porte fut insérée entre les deux massifs du deuxième pylône datant de la fin de la 18e dynastie et vient buter contre la paroi du vestibule construit en avant de la porte même du pylône.

Michèle Broze sur l'échafaudageL'étude architecturale sera faite par Pierre Zignani, architecte rattaché au centre de Karnak et on peut espérer que cette recherche apportera quelques indices quant à la construction qui précédait celle de Ptolémée VI et à certaines questions: comment cette nouvelle construction se rattache à l'ancienne, dont le blocage est clairement différent du blocage ptolémaïque. On peut aussi se demander quelle est la raison de la reconstruction de la porte du 2e pylône. Si le 1e pylône date de la 30e dynastie comme les techniques de construction semblent le suggérer, on peut se demander pourquoi Ptolémée VI a choisi de reconstruire le 2e pylône alors que le premier était à sa disposition. On peut suggérer des raisons théologiques comme l'importance du 2e pylône, entrée réelle du temple, bien visible à partir du parvis du temple. On peut aussi avancer un lien avec la salle hypostyle : n'oublions pas que le passage intérieur de la porte fut regravé à l'époque ptolémaïque mais que dans ce cas, les scènes ramessides furent reprises dans un style ptolémaïque, ce qui n'est pas un cas unique, comme nous le voyons le sanctuaire d'Alexandre dans l'Akhmenou ou la chapelle de la barque du petit temple de Medinet Habou, tout deux datant de l'époque de Thoutmosis III.

Il se peut évidemment que la reconstruction de la porte réponde à une nécessité plus urgente: l'état de conservation déficient de la porte du Nouvel Empire.

Actuellement la porte se présente comme deux montants indépendants et cet état n'a que peu changé depuis les photos de Bonfils et de Beato. Cependant, les dessins de la Description et de Belzoni montrent de grands blocs entassés dans le passage du pylône. Il est fort probable qu'il s'agisse des blocs qui formaient le linteau de la porte. Une photo de Frith vient confirmer les dessins. Il est probable que ces blocs ont été détruits.

Un seul bloc semble avoir survécu et se trouve actuellement parmi les milliers de blocs préservés au sud du temple. Le grand problème pour notre travail est que le 2e pylône se trouve sur l'axe principal du temple: des milliers de touristes passent chaque jour par la porte. Pour le relevé, nous avons pu profiter des photos faites par le CFEETK qui nous ont permis de faire un premier dessin qui fut ensuite corrigé in situ.

Le but est de produire un dessin aussi proche que possible de la réalité et qui inclut toutes les données possibles. Le seul désavantage est que nos moyens et l'emplacement de la porte ne nous permettront pas de revenir dix années de suite. Nous avons cependant réussi à faire une couverture photographique détaillée que nous mettrons à disposition soit par cdrom soit par le site de centre de Karnak.

Le Dr René Preys au travail

Le Dr René Preys au travail

En particulier, pour les textes, notre but est aussi de créer une publication qui stimulera des études paléographiques. De nouveau, la qualité des photo nous permet de faire des dessins assez grands. Il est certain que beaucoup de détails se perdront dans la publication sur papier et là encore nous essayerons de résoudre ce problème par une publication digitale.

Au travail

La paléographie de la porte est d'une grande qualité: c'est une de nos meilleures surprises. De plus, le bon état de conservation permet différentes approches. Nous avons pu observer déjà la différence entre la paléographie des scènes et celle des textes de soubassement, les premiers datant du règne de Ptolémée VI, les seconds de Ptolémée VIII. Ensuite, nous avons constaté la différence entre les signes gravés et les signes couverts d'enduit et peints. La conservations de l'enduit a comme avantage la conservation à beaucoup d'endroits de la peinture et donc de détails dans les habits, les trônes, etc...

Mais elle a comme désavantage la disparition de la gravure assez fine particulièrement des hiéroglyphes. Des exemples montrent que la gravure sous l'enduit était pour les scènes de Ptolémée VI aussi fine que pour les soubassements de Ptolémée VIII.

L'absence d'une publication complète de la porte du deuxième pylône est d'autant plus étonnante qu'elle constitue l'entrée principale du temple d'Amon. De plus, elle peut être comparée à d'autres portes, telles la porte de Khonsou et celle de Montou. Comme sur ces portes, on trouve au premier registre une offrande du champ à la triade thébaine. Cependant en comparant les scènes de la porte de Khonsou avec celles du 2e pylône, on voit que la triade thébaine n'est pas complète. Il manque la déesse Mout sur le montant nord de notre porte.

Cette absence est due au fait que la scène du première registre nord est moins large, à cause de la présence d'un massif à première vue informe à gauche de la scène. A y regarder de plus près on constate cependant que la partie supérieure a une forme particulière évoquant un modius surmonté d'un élément arrondi à l'avant. En regardant le massif entier on distingue la présence d'une forme qui rappelle une statue assise probablement féminine. On peut ensuite observer la différence, dans ce massif, entre une partie plus fruste et une partie plus ravalée; cela est probablement dû à la proximité de la statue par rapport à la paroi. La base et le trône, étant plus proches du mur, ne permettaient pas d'atteindre la paroi pour la ravaler. On peut imaginer une statue d'Hathor ou peut-être une statue d'Hathor avec Amon, comme on peut en trouver à Louxor mais de taille plus petite. Ceci est encore à l'état d'hypothèse.

Amon non martelé

Amon non martelé

Cette statue inspira peut-être le rédacteur des textes du soubassement sous Ptolémée VIII. Ces textes de soubassement parlent principalement d'Amon créateur de Thèbes en tant que première des villes, exemple pour toutes les autres villes. La statue était peut-être considérée comme une personnification de la ville ou du nome, comme on en trouve en relief.

L'étude théologique de la porte n'est encore qu'à ses débuts. Cependant, voici un exemple de la richesse qui nous attend. Le nom traditionnel d'Amon est écrit sur la porte de différentes manières, avec un choix délibéré de signes. Un exemple suffit a démontrer le lien entre les signes choisis et la scène d'offrandes. Ainsi, sur le montant sud, le roi apporte un bijou fait de pierres précieuses. Celles-ci proviennent des montagnes appelées en Égypte men. Dans cette scène Imen est écrit avec une montagne entourée d'un ovale, un signe qui peut se lire i; ensemble nous avons donc Imen. Dans les textes de cette scène, le roi est appelé celui qui crée les mentj, les montagnes d'où proviennent les matériaux qui permettront au roi de fabriquer le bijoux qu'il offre au dieu. Ceci n'est qu'un exemple parmi d'autres de la créativité des hiérogrammates.

L'équipe

Photo de l’équipe au complet (de gauche à droite) : Stéphane Fetler, Badawi Adriss
Mohamed (inspecteur), 'Alla Ibrahim, Michèle Broze, Arnaud Delhove, Audrey
Dégremont, Mustapha Sayed, Mudjahed Mohamed, Hamada Abdu, René Preys.

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L'île de Saï (nord Soudan)

Les équipes de la mission en 2010 (© MAîS)

Les équipes de la mission en 2010 (© MAîS)
Rang avant, de gauche à droite: Florence Doyen, Jean-François Carlotti, Coralie Gradel, Sami Mohammed el Amin, Vincent Francigny
Rang médian: Hélène Courty, Hélène Delattre, Sandra Porez, Husna Taha, René-Pierre Dissaux, Lauriane Miellé, Florence Thill
Rang arrière: Henriette Hafsaas Tsakos, Alexandros Tsakos, Alex de Voogt, Romain David, Luc Gabolde

Florence Doyen (directrice de chantier), dans le cadre de la Mission Archéologique de l’île de Saï dirigée par Didier Devauchelle, directeur du laboratoire de recherche HALMA-IPEL (UMR 8164) de l’Université Charles-de-Gaulle - Lille 3 (France). Cette mission est financée par le Ministère français des Affaires Etrangères et Européennes et par le laboratoire de recherche HALMA-IPEL. Elle est en outre accueillie au sein de l'organisation soudanaise National Corporation of Antiquities and Museums (NCAM) et bénéficie du soutien scientifique et logistique de la Section Française de la Direction des Antiquités du Soudan (SFDAS).

Couvrant jusqu'à 5 km en largeur sur 12 km de long dans son axe nord-sud, l'île de Saï, située à quelque 200 km au sud de Ouadi Halfa, doit à sa situation privilégiée sur le cours du Nil Moyen une occupation quasi ininterrompue, depuis les plus hautes époques, par divers groupes humains, de culture nubienne ou égyptienne, dont témoignent nombre de sites s'échelonnant du Paléolithique (500000 a.n.è.) à l'époque ottomane (xvie siècle de notre ère).

Carte de l’île de Saï, situation des sites en cours de fouilles (© MAîS, François Lenoir)

Carte de l’île de Saï, situation des sites en cours de fouilles (© MAîS, François Lenoir)

Les projets en cours consistent en travaux de fouilles sur les sites de la ville pharaonique (Florence Doyen), de la nécropole pharaonique (Florence Thill), de la nécropole d’élite méroïtique (Vincent Francigny), d’habitats néolithiques (Elena Garcea) et sur le site dit de « la Cathédrale » d’époque médiévale (Greek Norwegian Mission, Alexandros Tsakos et Henriette Hafsaas-Tsakos). Dans le site de la ville pharaonique, les vestiges du temple sont l’objet tant d’une étude architecturale par Jean-François Carlotti que d’études épigraphiques par Luc Gabolde.

Les trois éléments qui caractérisent une implantation urbaine en Egypte ancienne et au Soudan sont donc conservés pour la période du Nouvel Empire: la ville proprement dite, le temple et la nécropole. Cet heureux hasard de la conservation du site permet aux archéologues d'explorer simultanément ces trois sphères. En ce qui concerne la ville et le temple, les premières fouilles ont débuté au milieu des années 50, à l'instigation du Professeur Jean Vercoutter, puis ont été poursuivies de 1970 à 1975, sous la responsabilité de Michel Azim.

La ville pharaonique, vue vers le nord (photo sous cerf-volant: © Bernard-Noël Chagny)

La ville pharaonique, vue vers le nord (photo sous cerf-volant: ©Bernard-Noël Chagny)

Vestiges du temple fondé par Thoutmosis III, vue vers l’est (photo: © MAîS)

Vestiges du temple fondé par Thoutmosis III, vue vers l’est (photo: © MAîS)

La nécropole pharaonique (photo sous cerf-volant: © Bernard-Noël Chagny)

La nécropole pharaonique (photo sous cerf-volant: ©Bernard-Noël Chagny)

La ville est établie au nord-est de l'île, sur un promontoire rocheux en grès dominant le bras oriental du Nil; la falaise sur laquelle la ville a été fondée s'est en partie effondrée sur sa bordure est. Cette ville, fondée dès le début de la 18e dynastie, est entourée par un mur d'enceinte à bastions carrés, délimitant une surface rectangulaire d'environ 3,5 ha, suivant une orientation nord-sud. La ville ainsi fortifiée est percée de deux entrées, repérées à l'ouest et au sud; la porte occidentale est dotée d'un dispositif complexe et fortifié, tandis que la méridionale est simplement percée dans l'épaisseur du mur d'enceinte.

La ville pharaonique, vue vers le sud-est (photo sous cerf-volant: © Bernard-Noël Chagny)

La ville pharaonique, vue vers le sud-est (photo sous cerf-volant: ©Bernard-Noël Chagny)

Dans la portion sud enclose par l'enceinte, là où les ruines ont conservé la plus grande élévation, deux cinquièmes de la ville antique ont été dégagés au cours de quatre campagnes de fouilles menées au début des années 1970. Ont été reconnus jusqu'à six niveaux d'occupation: pharaonique, méroïtique, post-méroïtique, deux niveaux d’époque médiévale et le niveau final islamique. Le plan relevé atteste une organisation spatiale de type orthogonal où se côtoient divers bâtiments le long de différents axes nord-sud et est-ouest:

Le secteur sud de la ville pharaonique, sud en haut (photo sous cerf-volant: © Bernard-Noël Chagny)

Le secteur sud de la ville pharaonique, sud en haut (photo sous cerf-volant: ©Bernard-Noël Chagny)

L’un des objectifs de la mission, depuis 2008, est de compléter les données et les informations concernant le site d'habitat et de mettre en valeur l'organisation spatiale originale de cette ville fortifiée datant du début de la 18e dynastie, en dégageant les structures urbaines à partir du mur nord de l'enceinte. En ouvrant des carrés de fouilles et en y collectant toutes les données matérielles, nous avons pour but de comprendre les phases successives d'occupation du site.

Le mur d’enceinte nord de la ville pharaonique, vue vers l’est (photo: © MAîS)

Le mur d’enceinte nord de la ville pharaonique, vue vers l’est (photo: © MAîS)

Au fur et à mesure de l’avancement de nos travaux, nous observons que la zone nord-est de la ville pharaonique atteste plutôt un contexte d'activités économiques ou d'ateliers (préparation d'aliments, cuisine, stockage).

La ruelle bordant le mur d’enceinte nord à l’intérieur de la ville pharaonique vue vers le sud-ouest (photo: © MAîS)

La ruelle bordant le mur d’enceinte nord à l’intérieur de la ville pharaonique vue vers le sud-ouest (photo: © MAîS)

La ruelle bordant le mur d’enceinte nord à l’intérieur de la ville pharaonique vue vers l’est (photo: © MAîS)

La ruelle bordant le mur d’enceinte nord à l’intérieur de la ville pharaonique vue vers l’est (photo: © MAîS)

Alignement de structures, vue vers l’est (photo: © MAîS)

Alignement de structures, vue vers l’est (photo: © MAîS)

Vue partielle, vers le nord-est, du secteur nord de la ville pharaonique en cours de fouilles (photo: © MAîS)

Vue partielle, vers le nord-est, du secteur nord de la ville pharaonique en cours de fouilles (photo: © MAîS)

Vue vers le nord des nouvelles structures dégagées au cours de la mission tenue en janvier et février 2011 (© MAîS)

Vue vers le nord des nouvelles structures dégagées au cours de la mission tenue en janvier et février 2011 (© MAîS)

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